Articles · 08/02/2026
Un article de Léa Bidault
Léa Bidault est venue me rendre visite et m'interviewer à l'atelier à Share-wood pour son projet étudiant à l'École de Journalisme et de Communication d'Aix-Marseille.
Onja : l’engagement coule dans les veines du bois
Menuisière depuis un an, Onja propose des meubles pensés pour respecter l’environnement. Une pratique professionnelle qui s’inscrit dans l’engagement de la jeune femme pour la cause écologique. Des débuts dans le métier qui inspirent déjà ses confrères.
Ils enferment des t-shirts et culottes, décorent les intérieurs et portent les assiettes pendant le repas. Les meubles en bois font partie de notre quotidien. Mais avant de se retrouver dans nos maisons, ce sont les mains d’Onja qui façonnent le bois. Chaussures de sécurité aux pieds et musique techno dans les oreilles, la Marseillaise de 29 ans est concentrée sur les panneaux de chêne qu’elle doit poncer. Porter le panneau, l’installer délicatement sur la table de travail, poser le tuyau de la ponceuse sur l’épaule, passer l’outil sur tous les côtés de la planche de bois, vérifier que la surface soit bien lisse. Des gestes répétitifs, précis, et connus sur le bout de ses doigts de menuisière. Après un premier emploi en tant qu’ingénieure dans un bureau d’études pour EDF, Onja commence une formation de six mois en menuiserie, avec Les Compagnons du Devoir. Son titre professionnel en poche, elle décide de rejoindre l’atelier partagé de Share-Wood, dans le 14e arrondissement de Marseille. “Je voulais me sentir utile et utiliser mon passif d’ingénieure pour construire des choses concrètes avec mes mains”, affirme-t-elle en parlant de sa reconversion professionnelle. Loin des bureaux d’EDF, Onja passe désormais ses journées entre les rendez-vous avec ses clients, son appartement où elle dessine ses plans, et l’atelier où elle réalise ses commandes. La jeune femme utilise les outils mis à sa disposition. Dans la salle des machines, elle coupe les pièces de bois aux dimensions inscrites sur sa fiche de débit, puis passe le plus clair de son temps dans l’espace de coworking pour trouer, visser, et poncer. Une salle de travail immense, dont le sol est recouvert de sciures de bois. Des chutes de panneaux de toutes les tailles et de tous les types tapissent les étagères de la pièce. Un espace fait de bois et qui sent le bois. Ensuite, la création d’Onja peaufine sa mise en beauté dans la salle des finitions, où la menuisière s’occupe du vernis, du huilage, de la vitrification et de la teinte. Le meuble est fin prêt à être installé chez le client. Pour un tel résultat, et selon les projets, Onja peut prendre de deux jours à trois semaines de travail.
Un travail qu’elle fournit pour ses propres commandes, mais aussi pour aider ses collègues lorsqu’ils en ont besoin. Les vingt-sept artisans de l’atelier Share-Wood cultivent en effet une ambiance d’entraide et de camaraderie “très agréable et qui fait du bien”, selon Onja. Un lieu où connaissances et compétences sont partagés entre tous : “Chloé, qui est petite comme moi, me donne des tips pour manipuler les grosses pièces lourdes par exemple.” “En tant que jeune menuisière, quand je regarde mes collègues plus expérimentés, j’arrive à me projeter sur la professionnelle que je serai dans quelques années”, explique la jeune femme. “Le plus dur, c’est de se lancer dans le vide” En pleine reconversion professionnelle, Onja se décrit comme un “bébé” dans le métier. Si elle connaît parfaitement le jargon de sa profession, “Là on a le bois massif, ici des panneaux en lamelles collées, du latté, de l’aggloméré, et puis ça c’est du contreplaqué”, elle fait face à quelques difficultés. “Pour chaque projet il y a toujours un aspect que je ne maitrise pas. J’apprends sur le tas”, explique-t-elle. Alors que la menuisière peut compter sur l’aide de ses collègues pour la technique, elle doit se débrouiller seule pour le côté entrepreneurial. Savoir chiffrer correctement son projet pour ne pas travailler à perte, connaître son marché, gérer les relations clients, la trésorerie de l’entreprise…la liste est longue. “Et il faut tout faire en même temps !” s’exclame-t-elle : réfléchir aux plans des projets, assurer la conceptualisation, puis la réalisation à l’atelier, tout en maintenant la continuité administrative de l’entreprise. Une charge mentale qui peut mettre la pression, surtout en début de carrière quand le salaire mensuel n’est pas fixe. “J’arrive à me verser plus ou moins un SMIC, mais c’est aléatoire”. “On ne leur apprend pas les qualités commerciales pendant leur formation”, se désole Simon Laisné, l’un des fondateurs de Share-Wood. Le responsable s’inquiète également de la santé auditive des artisans : “C’est très fatigant le bruit, on est saturés, surtout après plusieurs années dans le métier.” Une menuisière dans l’air du temps “Mon rêve, ce serait de proposer à mes clients des aménagements complètement low-tech”, décrit Onja, c'est-à-dire des installations sobres énergétiquement. Une démarche engagée que la jeune femme veut absolument inscrire dans sa pratique professionnelle. “C’est très important dans le cadre de la crise climatique”, soutient-elle, le visage grave. Mais pour l’instant, elle ne peut pas vivre de la menuiserie low-tech, elle ne fait qu’expérimenter cette technique. En attendant, elle propose beaucoup de meubles qu’elle réalise en “réemploi”. Pour leur fabrication, la professionnelle utilise des chutes de bois, ou elle se fournit dans des éco-organismes qui récupèrent du vieux mobilier déjà utilisé. “Je mise sur une marchandise éco-responsable, quelque chose de différent”. Onja est en perpétuelle recherche de nouveaux matériaux, toujours plus respectueux de l’environnement. “J’ai eu plusieurs rendez-vous pour expérimenter des matières premières comme la pierre de gypse ou la terre crue”. Alors que les pots de colle et de pâte à bois sont omniprésents sur les tréteaux de l’atelier Share-Wood, la menuisière prend soin de travailler le bois sans y appliquer trop de colle et de plastique. Onja n’est donc pas une artisane comme les autres. Elle est engagée pour la cause écologique, mais c’est également une femme. Alors que les métiers de l’artisanat ont longtemps été réservés à la gente masculine, la professionnelle remarque une réelle féminisation dans la menuiserie. ¨Pendant ma formation aux Compagnons, nous étions quatre femmes sur huit personnes. C’était la bonne surprise”, raconte-t-elle. Un nombre qui atteint les sept femmes pour vingt-sept artisans dans l’atelier partagé. “Quand je dois demander de l’aide à quelqu’un, je privilégie les femmes de l’atelier”, confie-t-elle, avant que sa collègue Mathilde se tourne vers elle pour lui demander un coup de main. Onja part donc retrouver son casque JBL et sa ponceuse. La sororité et la conscience écologique au cœur de son nouveau métier, la jeune femme incarne véritablement la nouvelle génération de menuisiers. Léa Bidault - étudiante à l'École de Journalisme et de Communication d'Aix-Marseille
